Rencontre avec Carole Vignon
Carole Vignon (en haut à gauche) était l’invitée de Femmes en Mouvement le 14 octobre dernier.
L’antenne parisienne de Femmes en Mouvement a inauguré son trimestre de rencontres sur le thème Industrie, en conviant le 14 octobre Carole Vignon, directrice générale, Vossloh Services France. Un parcours placé sous le prisme du ferroviaire et de l’ambition.
Carole Vignon n’a pas le parcours classique d'une ingénieure dans le secteur de la mobilité. Diplômée d’IEP et de droit public, elle a accédé au secteur de la mobilité par la gouvernance publique. Jeune, femme et non-ingénieure, elle a appris à naviguer dans cet univers historiquement masculin et encore largement dominé par les hommes, où elle a su imposer sa légitimité au fil de ses expériences.
Après un passage dans la fonction publique, Carole a fait ses armes chez Réseau Ferré de France, Maia Rail, Egis et Colas Rail, avant de prendre à 38 ans, pendant quatre ans, la direction générale d’ESAF, une PME spécialisée dans les travaux publics ferroviaires (50-55 millions de CA, 140 salariés). Elle devait à terme la racheter, mais des désaccords profonds sur le prix ont empêché la finalisation de l’acquisition. « Ce fut l’expérience la plus difficile, la plus exigeante et la plus formatrice de mon parcours » juge-t-elle. C’est également durant cette période qu’elle est nommée Chevaleresse de l’ordre national du mérite (à moins de 40 ans donc).
Depuis avril 2023, elle est directrice générale de Vossloh Services France, une filiale du groupe technologique allemand Vossloh de 4000 salariés, spécialisé dans les infrastructures ferroviaires et présent dans une trentaine de pays.
Une vision à 360° du ferroviaire
Carole Vignon a cherché à avoir une vision globale du secteur ferroviaire : maîtrise d’ouvrage, entreprise, ingénierie et industrie. Cette volonté de passer des fonctions supports aux fonctions business puis de direction, « de passer d’experte au centre du jeu », s’est réalisée grâce à beaucoup de travail, des mobilités professionnelles, son réseau et un travail sur elle-même.
« Je n’ai été ni accompagnée ni coachée, mais j’aurais peut-être dû l’être…, estime Carole Vignon avec le recul. J’ai appris par le travail et, parfois dans la douleur, à devenir légitime, crédible, assertive ». Être directrice, c’est savoir prendre des décisions éclairées, en écoutant et en prenant conseils autour de soi, et savoir assumer ses erreurs.
Naviguer dans un milieu masculin et viril n’a pas été sans défis. Carole a dû travailler plus dur, montrer plus et s’affirmer davantage pour gagner en légitimité. « Il faut s’armer, se blinder, ne pas se laisser trop atteindre », confie-t-elle. « Le soutien du conjoint est également très important » ajoute-t-elle.
Chez Vossloh, Carole apprécie le management à allemand, qui laisse beaucoup d’autonomie et de prise d’initiatives à ses directrices et directeurs de filiales. Elle a déjà mené à bien un projet de croissance externe, en rachetant une filiale de systèmes d’aiguillage.
Carole cherche à apporter une nouvelle dynamique à la filiale française en injectant innovation, ouverture d’esprit et écoute du client dans l’organisation. « Les clients veulent des données, des services et la disponibilité de la voie plus que de « simples » produits industriels », explique-t-elle.
Encourager les femmes
Le milieu ferroviaire reste très masculin. Carole s’engage activement à donner confiance aux femmes dans ce secteur, en promouvant la solidarité féminine en interne et en encourageant chacune à oser, à prendre des risques et à s’affirmer. « Il faut arrêter avec le syndrome de la bonne élève et de l’imposteur. Se faire violence pour s’affirmer, oser » martèle-t-elle.
Elle milite pour une discrimination positive à compétences égales dans les recrutements ou les promotions et s’emploie à améliorer les conditions de travail pour les femmes sur les chantiers, notamment en termes de vêtements. En revanche pour les vestiaires et les toilettes, il reste encore des progrès à faire » analyse-t-elle.